Sur une peau foncée, une tache brune paraît souvent banale.
Difficile de savoir à l’œil nu si elle doit inquiéter. Voici comment la dermatoscopie de la peau foncée aide à y voir plus clair.
Dermatoscopie sur peau foncée, un examen qui complète l’œil nu
Le dermatoscope est une petite loupe éclairante. Elle grossit en général dix fois. Elle fait voir des structures superficielles que l’œil nu ne voit pas. C’est pour cela qu’elle aide à examiner une tache.
Sur une peau foncée, la mélanine se voit mieux à l’examen. Certaines lésions tout à fait bénignes montrent alors un fond brun ou noir, des motifs en réseau ou une pigmentation plus dense. Le dermatologue compare donc ce qu’il voit à l’aspect habituel de votre peau.
Concrètement, il cherche notamment :
- une asymétrie dans la structure ou dans les couleurs ;
- des zones brunes, noires, grises, bleutées ou blanches réparties de façon irrégulière ;
- des vaisseaux, une ulcération ou une croûte ;
- un réseau pigmentaire qui sort de l’ordinaire.
Au final, l’examen aide à trancher entre trois options. Il faut surveiller la lésion, faire une biopsie ou retirer l’ensemble pour l’analyser. Il ne suffit pas à confirmer un mélanome. Ce diagnostic repose sur l’analyse anatomopathologique d’un prélèvement.
Chez les personnes à peau foncée, l’examen est très utile pour les lésions pigmentées des paumes, de la plante des pieds et des ongles. Un mélanome acral peut apparaître sur une partie du pied ou de la main peu exposée au soleil.
Les motifs des paumes et des plantes orientent l’analyse

La peau des paumes et des plantes est glabre, c’est-à-dire dépourvue de poils. Ses crêtes et ses sillons dessinent des lignes qui servent de repères au dermatologue quand il examine une tache pigmentée.
Sur ces zones, un mélanome acral lentigineux peut ressembler à une tache brune ou noire. Il apparaît parfois sur une partie du pied ou de la main peu exposée au soleil.
Les crêtes et les sillons donnent un repère
Un nævus acral, c’est-à-dire un grain de beauté de la paume ou de la plante, montre souvent l’un de ces motifs :
- le motif en sillons parallèles, où le pigment se loge dans les creux
- le motif fibrillaire, où des lignes pigmentées traversent les reliefs de biais
En revanche, le motif en crêtes parallèles attire davantage l’attention, avec du pigment posé sur les reliefs. Il ne suffit pas à poser un diagnostic. Certains mélanomes ne le présentent pas, et certaines lésions restent difficiles à classer.
Le dermatologue regarde aussi une pigmentation diffuse et irrégulière. Il note les couleurs mélangées, les structures asymétriques ou un voile bleu-blanc.
Attention : une tache qui change vite mérite un avis médical, même si elle reste petite.
La taille ne se lit jamais seule. Une lésion acrale atypique de plus de 7 millimètres peut amener à proposer une analyse histologique. Une lésion plus petite peut parfois être photographiée et surveillée selon son aspect général.
Les bandes de l’ongle demandent une comparaison
Chez les personnes à peau foncée, plusieurs ongles peuvent présenter une pigmentation liée au phototype. Quand plusieurs doigts ou orteils sont concernés, cette origine devient souvent plus probable. Toute bande très différente des autres doit pourtant être examinée.
Au dermatoscope, on observe :
- la largeur et la régularité de la bande
- l’espacement et le parallélisme des lignes
- la présence de plusieurs couleurs
- une pigmentation qui déborde sur le pourtour de l’ongle
- une déformation, une fragilisation ou une destruction de l’ongle
Une bande qui s’élargit ou devient irrégulière doit être vue en consultation. Une bande très différente des autres doit aussi être examinée, surtout si elle présente des nuances grises ou noires. Le vernis gêne l’observation, donc pensez à l’enlever.
La dermatoscopie oriente l’évaluation. Elle ne remplace pas l’analyse au microscope d’un prélèvement. Le dermatologue y recourt lorsqu’il suspecte une lésion de l’appareil unguéal.
L’examen dermatologique inclut les zones souvent oubliées
Un examen sérieux ne se limite pas au visage ni aux bras. Le dermatologue inspecte toute la peau. Il regarde les plis, les espaces entre les doigts, le cuir chevelu, les ongles, les paumes et les plantes.
Les zones à passer en revue comprennent notamment :
- les oreilles et l’arrière des oreilles ;
- le cuir chevelu, les cheveux écartés ;
- les aisselles et les plis de l’aine ;
- les paumes, les doigts et les espaces entre les doigts ;
- les plantes, les orteils et les espaces entre les orteils ;
- les ongles des mains et des pieds.
Sur une peau foncée, une lésion ne ressemble pas toujours à celle des photos médicales de peaux claires. Une maladie inflammatoire peut être moins rouge, et une tumeur pigmentée peut passer pour une tache brune banale.
La règle ABCDE reste utile pour repérer une lésion suspecte :
- A comme asymétrie : une moitié ne ressemble pas à l’autre ;
- B comme bordure : le contour devient irrégulier ou flou ;
- C comme couleur : plusieurs teintes apparaissent dans la même lésion ;
- D comme diamètre : la lésion grossit ;
- E comme évolution : son aspect, son relief ou sa couleur change.
Ces critères ne donnent pas un diagnostic définitif. Consultez rapidement si une lésion saigne ou s’ulcère. Consultez aussi si elle démange longtemps ou change vite. Pas besoin d’attendre de cocher tous les critères.
Avant le rendez-vous, pensez à :
- éviter le maquillage sur les zones à examiner ;
- retirer le vernis sur les ongles ;
- signaler une nouvelle tache ou une lésion qui évolue ;
- mentionner un antécédent de mélanome ou des cas dans votre famille.
L’autosurveillance aide à repérer les changements entre deux consultations
L’autosurveillance ne remplace pas l’examen d’un dermatologue. Elle vous aide à repérer une tache nouvelle ou un changement récent. Vous pouvez alors demander un avis médical plus vite.

Comptez une quinzaine de minutes. Installez-vous dans une pièce bien éclairée, avec un miroir en pied et un miroir à main, ou demandez à un proche de vous aider pour les zones difficiles à voir.
Commencez par les zones directement visibles :
- le visage, le cou et les oreilles ;
- les bras et les avant-bras ;
- les jambes, les pieds et les plantes.
Sur une peau foncée, surveillez aussi les variations de couleur. Regardez les zones plus noires ou bleutées. Notez les taches qui deviennent asymétriques et les reliefs nouveaux.
Une lésion peut être suspecte sans être rouge ni douloureuse.
Une consultation rapide s’impose si vous remarquez :
- une tache nouvelle qui persiste ;
- une lésion qui grandit ou change de forme ;
- plusieurs couleurs dans une même tache ;
- une bande unguéale qui s’élargit ou devient irrégulière ;
- une plaie qui saigne, croûte ou ne cicatrise pas ;
- une lésion qui ne ressemble à aucune de vos autres taches.
Pour les personnes à risque, une surveillance par un dermatologue une fois par an peut être proposée. Un auto-examen tous les trois mois peut aussi l’accompagner. Votre dermatologue ajuste ce rythme selon vos antécédents, votre nombre de grains de beauté et l’aspect de vos lésions.
Si vous retenez une seule chose, c’est qu’un grain de beauté qui change, même discrètement, mérite d’être montré à un dermatologue. Gardez en tête la règle de la comparaison : sur une peau foncée, une tache se juge par rapport à votre propre peau et à vos autres taches. Notez la date de votre dernier examen et prenez rendez-vous dès qu’une lésion vous semble nouvelle ou différente de ses voisines.





